La loi 13.467 sur la réforme du Code du travail, entrée en vigueur en novembre 2017 sous le gouvernement Temer, a modifié plus de 100 articles et près de 400 dispositions légales qui réglementent les relations de travail au Brésil. Cette réforme a signifié une perte de droits pour les travailleurs et travailleuses. Cette nouvelle législation retire la responsabilité des entreprises et de l’État de la protection des employé.e.s, rend difficile l’accès à la justice du travail et réduit le pouvoir des syndicats. Par ailleurs, elle intensifie et étend la sous-traitance et d’autres formes de travail précaire (partiel, temporaire, etc.) à de nombreux secteurs, réduisant les contrats à durée indéterminée. L’explosion du travail informel (qui touche plus de 40 % de la population active en 2019) et la diminution du salaire moyen depuis 2017, témoignent de l’impact négatif de cette réforme.

La pandémie de la Covid-19 est venue aggraver ce cadre déjà très défavorable pour les travailleurs et travailleuses. Elle a provoqué tout d’abord des pertes d’emploi : fin septembre 2020, le Brésil affiche un taux de chômage officiel de 14,4 %. Le taux de chômage a augmenté de 33 % entre mai et septembre 2020. Les analyses révèlent que ce sont les personnes aux revenus les plus précaires, les jeunes, les femmes et les personnes noires, qui ont été les plus affectées par ces pertes d’emploi. Tout le monde n’a pas souffert des mêmes pertes de revenu : entre le dernier trimestre 2019 et le second trimestre 2020, le revenu moyen a baissé de 20,1 % ; il a baissé de 27,9% pour les 50 % les plus pauvres et de 17,5% pour les 10 % les plus riches.Les inégalités de revenu augmentent par conséquent : l’indice de Gini a augmenté de 2,82 % entre le premier et le second trimestre 2020, passant de 0,8019 à 0,8245, une augmentation considérable sur un laps de temps si court. Ce sont enfin les conditions de travail qui se détériorent pour ceux et celles qui ont maintenu une activité : les journées s’allongent, le travail s’intensifie, les normes de santé et sécurité sont peu respectées, les accidents et maladies diverses se multiplient.Issu.e.s du processus « d’uberisation » de l’économie, les livr.eur.euse.s lié.e.s à des applications informatiques souffrent particulièrement de cette précarisation des conditions de travail. En 2019, ils et elles représentaient 5,5 millions de personnes, un chiffre en nette augmentation avec la pandémie. Au cours de journées de grève nationale en 2020, ils et elles dénoncent le traitement inhumain subi au quotidien.

De façon plus générale, la société civile brésilienne résiste et s’organise face à l’impact de la pandémie. Sous sa pression, le gouvernement fédéral a mis en place une aide d’urgence mensuelle de 600 réaux (environ 107 euros) destinée aux personnes travaillant dans le secteur informel. Plus de 100 millions de Brésilien.ne.s ont fait appel à cette aide et environ 66 millions de personnes ont pu en bénéficier depuis avril 2020. Elle a été essentielle pour éviter qu’une partie de la population tombe dans une précarité extrême. Cette aide a ensuite été prolongée pour une partie de la population, mais réduite à 300 réaux mensuels.

S’appuyant sur cette expérience et celle de plusieurs programmes sociaux, le débat autour d’un revenu universel ou citoyen a été relancé par de nombreux mouvements sociaux. L’idée défendue est celle d’un revenu universel, non comme une aide d’urgence ou comme un bénéfice conditionné ou temporaire, mais comme un droit inconditionnel qui compléterait le système de protection sociale.

Exemple de résistance : Un laboratoire d’une autre économie

L’organisation Banco Palmas a accompagné la municipalité de Maricá, de 161 000 habitant.e.s, dans la mise en place du « mumbuca », une monnaie sociale locale associée à une forme de revenu universel. Lancé en 2013, le programme de Revenu de Base des Citoyens (RBC), distribué en mumbuca et non convertible en réaux, a touché 42 000 personnes issues des familles les plus vulnérables en 2019. Un programme destiné, à terme, à s’étendre à tous les habitant.e.s de la ville, avec l’objectif de récréer un cercle d’économie vertueux à l’échelle de la commune. Cette injection de ressources semble constituer une réussite, comme l’illustre le fait que les commerces de la ville ont continué à fonctionner pendant la pandémie, alors que cette dernière a provoqué la fermeture de plus de 700 000 entreprises dans le pays, selon l’Institut Brésilien de Géographie et Statistique (IBGE).

Poussées par l’urgence de la pandémie et les demandes de la société civile, une quinzaine d’autres municipalités cherchent aujourd’hui à mettre en place un système similaire de monnaie locale associé à un revenu de base. Le Réseau brésilien sur le revenu universel milite par ailleurs pour la mise en place d’un revenu universel à l’échelle nationale.

Citation

« Le chômage, la faim, le paiement du loyer et le coût de l’énergie font autant peur que la Covid-19 » Mouvement Periferia Viva