Le Brésil connaît depuis le début des années 2010 une situation de crise politique et démocratique. Une nouvelle étape a été franchie en 2016 avec la destitution de l’ex-présidente Dilma Rousseff, à la suite d’un processus parlementaire dont l’illégalité a été largement dénoncée par des juristes. Cette attaque frontale aux règles démocratiques témoignait notamment de la montée en puissance de groupes d’influence au sein du parlement brésilien, liés à trois secteurs désignés sous le nom de « BBB » pour Balles, Bible, Bœuf (armement, églises évangéliques, agro-industrie).

Ce front parlementaire a largement soutenu la candidature de Jair Bolsonaro, encourageant un discours de campagne axé sur la lutte contre les « idéologies de gauches », visant particulièrement le Parti des travailleurs (PT).

Depuis son arrivée au pouvoir, Jair Bolsonaro a confirmé sa volonté de réduire les oppositions progressistes. Environ 320 fonctionnaires occupant des postes de confiance ont été licencié.e.s, dans le but avoué de « dé-PT-iser » le gouvernement. Les mouvements sociaux ont, quant à eux, été soumis à une surveillance accrue. C’est ainsi que dès le mois de janvier 2019, une mesure provisoire a chargé le secrétariat du gouvernement de « superviser, coordonner, suivre et accompagner les activités et les actions des organismes internationaux et des ONG sur le territoire national » (mesure provisoire 870/2019). Cette mesure, dont l’application a pour l’instant été suspendue par les instances judiciaires, témoigne d’une volonté de contrôle de la société civile par le nouvel exécutif brésilien.    

Le gouvernement de Jair Bolsonaro a également développé l’usage de la justice à des fins politiques, comme une arme dans sa lutte idéologique contre l’opposition démocratique. Cet usage est incarné par la nomination au poste de ministre de la Justice du juge Sergio Moro, principal responsable de l’incarcération contestée de l’ex-président Lula, ayant empêché sa candidature à l’élection présidentielle.

Derrière ce cas emblématique, les exemples d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques sont nombreux. Plusieur.e.s député.e.s d’opposition victimes de menaces de mort se voient opposer un refus de protection policière, à l’image de la députée Talira Petrone (PSOL). À ce défaut de protection s’ajoute une inaction judiciaire visible dans la recherche des responsables de violences commises à l’encontre des opposant.e.s politiques. Ainsi, malgré les avancées effectuées par les journalistes dans l’enquête sur l’assassinat de la conseillère municipale de Rio Marielle Franco en avril 2018, aucun commanditaire n’a encore été identifié par la justice.

Les mouvements sociaux résistent. Lutter n’est pas un crime.