Le Brésil est marqué par un racisme structurel, qui s’exprime sous différentes formes. Il opère tout d’abord dans le champ des représentations sociales : dans les programmes de télévision, il est ainsi commun de voir les personnes afro-brésiliennes stigmatisées, reproduisant des stéréotypes sociaux qui les associent à la violence. La naturalisation du racisme passe aussi par l’absence de personnes noires parmi les haut.e.s magistrat.e.s des tribunaux de justice ou dans des cours de médecine aux universités, ce qui est rarement questionné et participe cependant à la construction de l’imaginaire social sur la place des populations noires au Brésil. Le racisme s’exprime également dans le domaine économique : les populations noires sont les plus vulnérables socialement, avec des salaires peu élevés et des emplois précaires pour la grande majorité d’entre elles. Si l’on adopte un regard urbain, le racisme s’observe sur le territoire, notamment dans les quartiers périphériques (favelas) où les populations sont quotidiennement mises en danger par la guerre entretenue entre les forces policières et militaires d’un côté et les différentes milices et groupes du crime organisé de l’autre. À cela s’ajoutent les différents coûts de de la vie dans les quartiers périphériques où les opportunités d’accès à l’éducation, à la santé, à la culture et sport et aux services publics de base sont bien moindres. Par là même, ce racisme s’exprime dans le champ des politiques publiques, qui n’intègrent pas suffisamment la problématique du combat contre les discriminations pour faire évoluer les inégalités raciales.

L’une des manifestations les plus significatives de ce racisme structurel ces dernières années est celle de la violence et notamment de la violence policière, dont souffrent les populations noires des quartiers populaires : 75,4% des personnes mortes suite à des interventions policières entre 2017 et 2018 sont noires.

Soutenu par le lobby des armes, Jair Bolsonaro est arrivé au pouvoir avec un discours sécuritaire et des propos particulièrement violents envers ses opposant.e.s, désigné.e.s comme ennemi.e.s. La politique sécuritaire qu’il défend est basée sur la libéralisation du port et la possession des armes à feu, le durcissement des peines et l’incarcération de masse. Cette politique sécuritaire n’est pas nouvelle ; elle est cependant loin d’avoir fait ses preuves. La société civile dénonçait déjà son impact meurtrier sur la population : 21 892 personnes ont perdu la vie suite à des actions policières entre 2009 et 2016. Les premiers indicateurs publiés pour l’année 2019 sont les pires depuis plus de 20 ans. L’année 2019 se révèle particulièrement violente dans l’État de Rio de Janeiro : de janvier à octobre, l’Institut de Sécurité Publique a recensé 1 546 cas de morts par des agents de l’État, soit près de cinq décès par jour causés par les forces policières.

Des mères et proches des victimes de ces violences policières se mobilisent donc aujourd’hui pour que ces crimes ne restent pas dans l’impunité et ne se reproduisent plus. Elles font entendre leur voix dans les médias, dénonçant le climat de terreur qui règne dans les quartiers populaires et la violence qui vise en particulier les jeunes noir.e.s. Elles se mobilisent pour obtenir justice pour leurs enfants assassinés. Elles refusent le terme de « guerre » employé par les autorités et plutôt qu’une politique de militarisation, elles plaident pour des politiques publiques garantissant un accès équitable aux droits pour les habitant.e.s des quartiers défavorisés.

Les populations noires et des quartiers périphériques résistent. Lutter n’est pas un crime.