La violation de la liberté d’expression est un phénomène ancien au Brésil. En 2018, 5 familles contrôlent plus de 50% des médias. En tout, ce sont moins de 10 familles qui dictent la ligne éditoriale de ce qui sera transmis à la société brésilienne. Les médias publics existent, mais sont très faibles et peu indépendants face aux intérêts politiques et économiques des groupes au pouvoir.

La Constitution brésilienne garantit pourtant la diversité et la pluralité de l’information, mais ces principes n’ont jamais été traduits dans la loi. Et pour cause, plusieurs dizaines de parlementaires sont propriétaires de médias, ce qui est interdit par la Constitution. En 2018, des organisations de la société civile dénonçaient à la Justice quarante de ces député.e.s en exercice.

Ainsi, l’information qui circule au Brésil est généralement biaisée et discriminante, véhiculant quotidiennement un discours élitiste, machiste, raciste et homophobe. En 2017, une étude révélait que les personnes noires représentaient 3,7 % des présentateurs et présentatrices de télévision étaient noirs. Par ailleurs, de nombreux territoires sont en réalité des déserts d’information : plus de 60% des communes ne disposent pas d’une information locale provenant d’une source journalistique. Les liens étroits entre les médias et la justice, capables d’influencer le résultat des élections, sont fréquemment dénoncés.

L’arrivée de Bolsonaro n’a fait qu’aggraver un scénario déjà dégradé. Dès la campagne électorale de 2018, la prolifération des propos haineux a abouti à une multiplication des violences. Les attaques contre les journalistes et blogueurs ont augmenté de 30 % entre 2017 et 2018. On recense ainsi plus de 200 professionnel.le.s agressé.e.s en 2018. Sur 180 pays, le Brésil est passé du 102e rang en 2018, au 105e rang, en 2019, sur le classement mondial de la liberté de la presse de l’ONG Reporter Sans Frontières.

Après sa prise de fonction, Jair Bolsonaro a adopté une stratégie d’attaque frontale et systématique contre la presse, y compris contre les médias dominants, visant à discréditer le travail journalistique et faisant des médias ses principaux adversaires politiques. Au cours des 10 premiers mois de son mandat une étude a montré que le président Bolsonaro a proféré au moins 99 attaques contre des journalistes sur ses propres comptes de réseaux sociaux, soit au moins 2 attaques par semaine.

L’unique entreprise de communication publique du pays, l’EBC, créée en 2007, est aujourd’hui un instrument de propagande du gouvernement. Ses salarié.e.s dénoncent régulièrement la chasse aux sorcières qui y est menée, pour dénoncer celles et ceux qui ne partagent pas les opinions politiques du gouvernement. Bolsonaro privilégie d’autre part les médias évangéliques, importants soutiens politiques du gouvernement. En 2019, pour la première fois de l’histoire, le groupe médiatique Record, propriété de l’Église Universelle du Royaume de Dieu, recevait une subvention publique plus importante que le célèbre conglomérat privé Globo.

Mais la répression s’est aussi étendue à d’autres secteurs, ce qui pose un réel danger pour la démocratie. Fin 2019, le fils de Jair Bolsonaro et député fédéral Eduardo Bolsonaro, s’est déclaré favorable à un nouvel AI-5, l’acte institutionnel qui a durci la dictature militaire en 1968, en suspendant les garanties constitutionnelles, limitant la plupart des droits civils et politiques comme les libertés syndicales et normalisant la persécution des opposant.e.s politiques.

Dans le milieu artistique, plusieurs pièces de théâtre, projections de films, expositions ou publications ont été interdites, dans le but de « préserver les valeurs chrétiennes », comme l’affirme Bolsonaro. Alors que 6 cas de censure avaient été répertoriés en 2018, ils ont atteint le nombre de 27 jusqu’au mois de novembre 2019.

Les journalistes, artistes et intellectuel.le.s résistent. Lutter n’est pas un crime.

Les chiffres :
 
Selon l’Observatoire de la censure artistique : 27 cas de censure au cours des 11 premiers mois de 2019 contre 6 cas répertoriés en 2018, soit une augmentation de 350%.
 
– Sur 180 pays, le Brésil est passé du 102ème rang en 2018 au 105ème rang en 2019 sur le classement mondial de la liberté de la presse de l’ONG Reporter Sans Frontières.