Malgré la fin officielle de la censure des médias et le retour du pays à la démocratie en 1984, les professionnel.le.s de la communication et des médias, « la presse brésilienne », sont confronté.e.s à la violence, à la censure judiciaire et aux restrictions de leurs activités. Si l’on considère les dix dernières années, le Brésil se place, derrière le Mexique, au deuxième rang des pays qui comptent le plus grand nombre de journalistes assassiné.e.s en Amérique latine (43). L’impunité des violations commises à l’encontre de la presse demeure et s’est considérablement aggravée au cours des années 2019 et 2020.

Depuis son élection en 2018, Jair Bolsonaro alimente cette violence par ses discours, fondés sur la désinformation et cherchant à démoraliser, calomnier et menacer les journalistes. La Fédération nationale des journalistes (Fenaj) a rapporté 299 attaques contre la presse par le président Bolsonaro entre janvier et octobre 2020. C’est une attaque par jour. En plus des attaques proférées par le président, Reporters sans frontières a également enregistré 150 attaques de la part de ses enfants, eux aussi élus de la République. En juillet 2020, des organisations brésiliennes ont dénoncé au Conseil des droits humains de l’ONU au moins 54 attaques perpétrées par Bolsonaro et ses ministres contre des journalistes femmes, nombre sans précédent dans l’histoire récente du pays.

A cela s’ajoutent les campagnes de harcèlement en ligne comme celle menée contre la journaliste Patricia Campos Mello, qui a révélé comment le candidat Bolsonaro aurait bénéficié de fonds privés illégaux pour financer des campagnes de désinformation lors des élections présidentielles de 2018. Cette haine ‘virtuelle’ contre les journalistes se mesure : le rapport annuel 2019 de l’Association brésilienne des radiodiffuseurs et télévisions (ABERT) a recensé quatre millions d’attaques en ligne contre les journalistes, soit sept par minute.

Les manifestations pro-gouvernementales dans des grandes villes du pays sont également devenues un terrain fertile d’attaques des professionnel.le.s des médias. Les graffitis appelant à « tuer un journaliste par jour », comme ceux vus dans l’État de Minas Gerais en mai 2020 sont révélateurs du climat de violence qui règne dans le pays.

Par ailleurs, au Parlement brésilien, de nombreux projets de loi visent à restreindre, voire criminaliser, les activités de la société civile organisée, avec notamment des mesures tendant à accroître la surveillance et l’accès aux données numériques des militant.e.s, voire la collecte obligatoire de l’ADN (ou profil génétique) des accusé.e.s. Les cas ont été dénoncés, à deux reprises en 2020, à la Commission Interaméricaine des Droits Humains et à son rapporteur spécial pour la liberté d’expression.

De manière plus générale, les syndicats, mouvements et organisations sociales plaident et se mobilisent au quotidien pour la garantie de la liberté d’expression, comme un droit fondamental indispensable au fonctionnement d’une démocratie.

Exemple de résistance : Se taire, jamais !

Pour attirer l’attention de la société brésilienne sur les violations de la liberté d’expression, le Forum national pour la démocratisation de la communication (FNDC), en partenariat avec plusieurs organisations de la société civile, mène depuis quatre ans au Brésil la campagne  » Calar jamais !  » (Se taire, jamais !). Diffusée principalement sur les réseaux sociaux, la campagne consiste en une plateforme en ligne permettant de dénoncer ce qui se passe dans ce domaine dans tout le pays.

Chaque semaine, le FNDC suit les cas de répression des manifestations de rue, de censure privée ou judiciaire des contenus sur les réseaux sociaux, de violence contre les professionnel.le.s de la communication, de démantèlement des canaux de communication publics et de réduction des voix dissidentes dans les salles de presse. Chacune de ces violations est preuve d’une tentative systématique de réduire les Brésilien.nes au silence et d’empêcher l’expression de la diversité des idées, des opinions et des pensées. Les documents sont publiés et diffusés sur les canaux de communication de la FNDC.

Citation

« Il est inacceptable qu’au lieu d’assurer la liberté d’expression et d’informer, celui qui commande l’État brésilien soit l’auteur du plus grand nombre d’attaques directes aux journalistes [femmes] ».

Bianca Santana, journaliste noire victime d’une fausse accusation de la part de Bolsonaro.