Le modèle de développement économique du Brésil est basé sur l’avancée de l’agrobusiness, la multiplication des mégaprojets miniers, l’extraction d’hydrocarbures et un boom dans le secteur de la construction et opération de grands projets hydro-électriques. Percevant les politiques environnementales comme un obstacle à ce développement, le gouvernement de Bolsonaro s’emploie à les démanteler. De nombreux organismes publics environnementaux ont ainsi été attaqués à travers des changements abrupts de Direction, et affaiblis par des coupures budgétaires : le Système National de l’Environnement (SISNAMA), l’Institut Chico Mendes pour la Biodiversité (ICMBio) ou l’Institut Brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (IBAMA). Le Ministère de l’Environnement au Brésil n’a par ailleurs utilisé que 0,4 % de son budget consacré aux politiques environnementales de janvier à septembre 2020.

La déforestation, intimement liée à l’expansion de la frontière agricole et de l’agrobusiness, est la manifestation par excellence de l’absence totale de préoccupation environnementale du gouvernement. Des Terres Indigènes (TI) ou des réserves naturelles sont occupées illégalement par des entreprises d’agrobusiness qui sont encouragées à étendre la surface de leurs exploitations en accaparant des terres ou en déclenchant des incendies criminels dans des biomes essentiels pour la planète tels que l’Amazonie, le Cerrado ou le Pantanal. Selon le Projet de Suivi de la déforestation en Amazonie légale par Satellite (PRODES), de l’Institut National de Recherches Spatiales (INPE), qui est considéré comme l’instrument de mesure le plus fiable, d’août 2019 à juillet 2020, 11.088 km2 ont été déforestés en Amazonie, le chiffre le plus élevé depuis 2008, une augmentation de 9,5 % par rapport à l’année antérieure et de 70% par rapport à la moyenne des dix dernières années (entre 2009 et 2018 cette dernière était de 6500 km2 par an). C’est surtout une hausse de 180% par rapport à l’objectif des 3 925 km2 fixé par la Politique Nationale sur le Changement Climatique (PNCC) pour l’année 2020. 

L’importation et l’utilisation de produits phytosanitaires est en constante augmentation ces deux dernières années, faisant du Brésil le premier pays consommateur de pesticides par hectare au monde. Selon le Ministère de l’Agriculture, 674 nouveaux pesticides ont été autorisés sur le marché entre janvier 2019 et juin 2020, un chiffre jamais atteint en 15 ans sur une même période. Approuvés sans débat ni consultation, 88 % de ces nouveaux produits sont pourtant considérés comme dangereux pour l’environnement par l’IBAMA, entraînant un appauvrissement des sols, une contamination des cours d’eau, la disparition de la biodiversité et des risques pour la santé des populations (empoisonnements, développement de maladies et malformations, etc.).

Autre impact à évoquer, celui sur l’eau, bien commun devenu marchandise : pour répondre aux besoins des entreprises minières ou agricoles, de nombreux cours d’eau sont détournés, des canaux creusés et des barrages illégaux construits, impactant les populations locales et leur environnement. En conséquence, les conflits autour de l’eau ont plus que quadruplé en 10 ans.  L’affaiblissement des normes environnementales provoque par ailleurs des accidents et catastrophes qui viennent polluer et contaminer ces eaux en toute impunité. Le cas de l’entreprise Vale, responsable des ruptures des barrages de déchets miniers de Mariana (2015) et Brumadinho (2019), illustre bien cette impunité. Tandis que justice n’a pas été faite, l’empoisonnement et l’envasement des barrages et rivières en aval se poursuivent. Ce fut particulièrement visible au moment des fortes inondations dans les États de Minas Gerais et de l’Espirito Santo en février 2020 : la boue toxique continue de faire de nouvelles victimes humaines, faunes et flores.

Les organisations et mouvements sociaux tels que le Mouvement des personnes Atteintes par les Barrages (MAB) s’organisent sur les territoires pour protéger les écosystèmes et défendre une relation plus respectueuse à la Nature. Ceux et celles qui s’opposent ainsi à la destruction de l’environnement le font parfois au prix de leur vie : selon Global Witness, le Brésil est le 3e pays le plus meurtrier du monde pour les activistes environnementaux, avec 24 décès sur 212 comptabilisés dans tout le monde en 2019.

Dans un tel contexte, les organisations de la société civile latino-américaines et européennes dénoncent les risques pour l’environnement et les droits humains que pourrait entraîner la signature de l’Accord de libre-échange entre l’Union Européenne et les pays du MERCOSUR. Parmi les risques majeurs se trouve l’augmentation de la déforestation et des émissions des gaz à effet de serre, une plus forte insécurité alimentaire, et un accaparement des terres des communautés paysannes et des peuples autochtones

Exemple de résistance : Le combat de communautés locales face aux centrales hydroélectriques.

Le fleuve Teles Pires est, aujourd’hui, le fleuve le plus touché par les impacts des centrales hydroélectriques en Amazonie : quatre, actuellement en activité, ont provoqué un désastre social et environnemental pour les communautés rurales, autochtones et riveraines qui y vivent. En outre, 29 autres centrales et 80 barrages sont programmés dans le cadre de l’exorbitant projet « Réseau Fluvial Teles Pires Tapajós », qui a pour objectif d’amplifier la distribution des produits du secteur de l’agrobusiness vers des pays d’exportation. Près d’un million de personnes qui habitent cette région, parmi lesquelles 10 nations de peuples autochtones, sont ou seront directement atteintes.

Sur le cours du fleuve Teles Pires, l’entreprise française EDF contrôle la centrale hydroélectrique Sinop. Au-delà d’avoir occasionné la destruction de 25.000 hectares de forêt, son réservoir est l’un de ceux du complexe hydroélectrique qui a le plus contribué aux émissions de gaz à effet de serre pour ses manquements à l’obligation, avant son remplissage, d’un défrichage complet du sol. Plus de 200 familles de déplacé.e.s luttent pour des indemnités justes en compensation de la perte de leurs terres lors de l’installation de la centrale. Le MAB (Mouvement des personnes Atteintes par les Barrages) s’est uni aux habitant.e.s touché.e.s, appuyé par la Commission Pastorale de Terre, le Collectif Proteja Amazônia et des organisations internationales. Par ailleurs, le Forum Teles Pires s’est créé, regroupant les communautés indigènes et non indigènes affectées par les projets hydroélectriques dans la région ; il mène des actions collectives de mobilisation, de communication et de sensibilisation sur l’impact environnemental et social de ces projets.

Les chiffres :

D’août 2019 à juillet 2020, 11.088 km2 ont été déforestés en Amazonie.

 

Citation

« L’exploitation minière détruira la nature. Elle détruira les ruisseaux et les rivières, et tuera tous les poissons et l’environnement – et elle nous tuera nous, les peuples autochtones. Et elle apportera des maladies qui n’ont jamais existé sur nos terres auparavant. » Davi Kopenawa, leader autochtone.