Vivre sans violence est un droit pour toutes les femmes. Depuis les années 1980, le Brésil a avancé dans la création de mécanismes, normes et services spécialisés d’attention aux femmes victimes de violence. La loi Maria da Penha de 2006 est un bon exemple de ce processus : elle vise à protéger la femme de la violence domestique et familiale. Elle constitue le fruit d’un travail entre les pouvoirs publics et les mouvements sociaux de femmes.

Pourtant, le nombre de femmes assassinées est en augmentation. Selon les derniers chiffres disponibles, 4556 homicides de femmes ont été comptabilisés en 2017, le chiffre le plus haut depuis 10 ans. Malgré la légère réduction du nombre de cas en 2018 (4107), les féminicides sont en hausse et correspondent à 29,3% des homicides de femmes en 2018 contre 25,2 % en 2017, soit une augmentation de 4 %. Les femmes noires, des périphéries, des communautés autochtones ou traditionnelles, les personnes LGBTQI+ et vivant en milieu rural sont particulièrement vulnérables et menacées. Récemment, les débats autour de la violence se sont donc multipliés, portant davantage d’attention aux féminicides, au harcèlement sexuel, aux grossesses adolescentes ou aux agressions dans les espaces publics. Des voix plurielles de femmes rompent avec un silence depuis trop longtemps installé. Transparence des données, visibilité des cas, refus de l’impunité (encore trop courante), sont les revendications portées dans les campagnes et mobilisations qui éclairent sur la réalité de la violence au Brésil. 

Après les manifestations #Elenão qui se sont répercutées dans le monde entier en rejet au discours sexiste et de haine porté par Jair Bolsonaro au moment de la campagne électorale, les organisations et mouvements de femmes se sont mobilisé.e.s durant toute l’année 2019 à travers le pays. Des marches, rassemblements et actes symboliques ont eu lieu pour alerter sur les reculs dans la lutte contre la violence faite aux femmes. L’assassinat de la conseillère municipale Marielle Franco en mars 2018, affaire encore non résolue, est l’un des cas emblématiques des conséquences meurtrières d’un discours haineux incitant à la violence, visant notamment celles et ceux qui s’expriment contre.

Les organisations et mouvements de femmes réclament des politiques publiques adaptées et donc plus de centres de maisons de protection et de commissariats de police spécialisés dans l’accueil des femmes. Ces organisations et mouvements dénoncent la flexibilisation du port d’armes qui va augmenter les risques de violence domestique et familiale et plaident pour un investissement dans l’éducation, afin de déconstruire dès le plus jeune âge le machisme qui imprègne toute la société. 

Les femmes résistent. Lutter n’est pas un crime.

 
Les chiffres :

2018 : 11 assassinats de femmes en moyenne par jour

1206 féminicides en 2018 (61% noires), contre 929 féminicides en 2016  soit une augmentation de 29.8%